Rivista di etica e scienze sociali / Journal of Ethics & Social Sciences

05 studi ndzana 1

05 studi ndzana Lpdfe nationalisme africain est une conséquence de l’évolution historique de ce continent. Il plonge en effet ses racines dans l’histoire de la traite négrière pour mieux se dévoiler dans les combats de décolonisation à la faveur des indépendances des jeunes nations africaines jadis colonisées1. Il apparaît donc comme un mouvement panafricain de lutte pour la libération générale des sociétés africaines. C’est pourquoi ce mouvement a fortement contribué à remodeler la signification de l’identité africaine et la structure politique de l’espace géopolitique, imprégnant chaque région d’Afrique d’un caractère très particulier en termes de réveil africain durant les périodes coloniales et néocoloniales. Aux peuples africains engagés sur le front du combat pour les indépendances et l’affirmation de l’identité africaine, le nationalisme a fourni une plateforme essentiellement populiste sur laquelle les Africains pouvaient s’unir et se forger de nouvelles images d’eux-mêmes. Avec cet élan nationaliste, les peuples africains s’engageaient à dépasser les notions humiliantes de race esclavagisée ou colonisée qui dominent encore les mentalités et les comportements aujourd’hui. Bien plus, ils se donnaient la possibilité de répondre sous des formes politique, culturelle et même militaire à l’assujettissement impérialiste connu par la majorité. Cette réponse unanime a créé un changement encore visible aujourd’hui, au sein du paysage politique et socio-culturel, tout particulièrement en façonnant de nouvelles identités nationales.

Toutefois, si cette vague de mouvements nationalistes observée partout en Afrique a provoqué un élan patriotique et une conscience d’appartenance nationale, il faut reconnaître que le nationalisme africain a facilité la mobilisation d’un certain repli identitaire et de l’orgueil national chez plusieurs peuples. Parce qu’il s’enracine prioritairement dans la sphère de la culture et des cultures africaines sublimées au niveau linguistique, tribal ou racial, le nationalisme africain a créé des barrières qui ont alimenté la réponse politique aux questions de colonisation et d’intégration continentale, régionale et sous-régionale. Avec cette orientation, il apparaît comme un nationalisme revanchard aux accents tribalistes. L’africaniste hollandais Petrus Johannes Idenburg dans son article Le nationalisme africain et le panafricanisme résume le champ d’action de ce nationalisme en la promotion de l’activité anticolonialiste et de la conscience nationale des populations2.

C’est dans cette perspective que se situent les violences observées aujourd’hui en Afrique subsaharienne. Il s’agit des formes de violences nationalistes3 orchestrées par des groupes terroristes armés qui torturent les populations au nom d’un sentiment anticolonialiste, ou des groupes séparatistes qui réclament l’indépendance de leur aire linguistique par le moyen de la violence armée.

Une observation attentive du déploiement actuel des mouvements nationalistes laisse apparaître un certain relâchement de la force unificatrice du nationalisme africain et un délaissement des vrais défis du continent, au profit de la recrudescence d’un égoïsme national, une volonté d’isolement national et même exacerbation des replis et conflits ethniques et identitaires. Effectivement, alors qu’auparavant les nationalismes africains se tendaient fraternellement une main secourable pour faire face aux défis du continent, aujourd’hui certains d’entre eux adoptent une attitude hostile envers leurs voisins. La question d’immigration interne par exemple, interpelle au premier chef ce nationalisme de repli identitaire. Alors qu’elle fait l’actualité brulante du monde et du continent africain fortement concerné, l’immigration interne en Afrique croise encore beaucoup d’obstacles semés par un esprit nationaliste des Etats qui se ferment sur eux-mêmes, au nom de l’appartenance tribale, linguistique et nationale. Il est donc difficile de comprendre ce changement frappant si l’on n’admet pas la vérité évidente que, dans l’Afrique de nos jours, le nationalisme ou l’idée de libération générale se transforme en idéologie politique des milieux dirigeants de certains pays africains. Ainsi, au sujet du nationalisme africain, les générations actuelles d’intellectuels africains ont le pressant devoir de relever le défi d’en définir et d’en délimiter le contenu afin de donner aux mouvements nationalistes, un programme d’action concret et profitable pour toute l’Afrique. Le présent article s’inscrit dans cette perspective. Loin de retracer les origines historiques des mouvements nationalistes africains, je voudrai procéder à la radioscopie d’un concept structurel et historique — le nationalisme africain — à l’intérieur duquel se produisent des changements politiques, socio-culturels et idéologiques tout à fait mitigés. L’objectif de cet article c’est donc de redéfinir les fondements idéologiques du nationalisme africain, concept qui cherche son programme d’action entre une démarche culturelle éminemment idéologique donnant au nationalisme les accents d’une idéologie populiste, et une approche rationnelle capable d’identifier avec objectivité les vrais enjeux actuels du nationalisme africain pour les peuples africains. Dans mon analyse, je procèderai tour à tour à une réflexion sur l’inappropriation de la démarche culturelle, la légitimité de la démarche rationnelle et la nécessité d’un nationalisme inclusif et pragmatique en vue de relever les défis actuels du continent africain.

 

De l’inappropriation de la démarche culturelle

L’idée d’une inappropriation de la démarche culturelle pour parler du nationalisme africain et ses enjeux semble provocatrice au goût de certains africanistes et nationalistes. Mais il convient de relever d’entrée de jeu que ce qui nous préoccupe ici est moins la culture même que la démarche qui l’absolutise dans la perception et l’affirmation du nationalisme africain. Penser un nationalisme africain hors de l’identité culturelle africaine suppose fondamentalement qu’on situe le concept de nationalisme dans l’humanité même, en dehors des colorations culturelles. Et ceci pour deux raisons essentielles.

La première raison est relative à la notion même de nation de laquelle dérive le concept de nationalisme. Cette notion exprime quelque chose d’universellement essentiel, qui justement fait, qu’il est toujours possible de parler de nation, malgré les différences culturelles, religieuses, ethniques et même raciales qui caractérisent les hommes d’un même peuple, d’une même nation. Cet universel essentiel qui forme et fait la nation, est moins un assemblage de cultures identitaires qu’un ensemble de valeurs et d’idéaux auxquels croient ceux qui se réclament d’une même nation. C’est dans cette perspective que se perçoit la devise d’un pays, d’une nation. Elle sublime en effet un ensemble de valeurs de Paix-Travail-Patrie (pour le cas du Cameroun), de Liberté-Egalité-Fraternité (pour le cas de la France). Et ces valeurs constituent la grille de l’identité et d’appartenance nationale. Il s’en suit que ce qui fait la nation c’est d’abord cet ensemble de valeurs capables de mobiliser et d’unifier les hommes autour des mêmes buts et combats. Dès lors partir de la culture ou de l’identité culturelle pour saisir l’essence fondamentale du nationalisme, apparaît, sans doute comme une démarche dénuée de sens. La culture est inappropriée dans la saisie véritable et profonde de la nation en tant qu’essence parce qu’elle est un produit. Elle est le produit d’une conscience ou de la conscience d’un peuple. A ce titre elle ne peut nullement prétendre à une détermination essentielle de la nation et des mouvements nationalistes dans la mesure où en tant que produite par la conscience, la culture est toujours et nécessairement fonction des données du temps et de l’espace auxquelles est confrontée la conscience qui la réalise4. De ce point de vue, le concept de “nation” se fondant sur un ensemble de valeurs auxquelles on adhère, est la réalité par laquelle devient possible la conjugaison harmonieuse des différences culturelles, tribales ou religieuses.

Et c’est à ce niveau que se situe la seconde raison de notre analyse, celle de la conjugaison harmonieuse des différences. Même si les différences culturelles, tribales, raciales et religieuses peuvent être l’humus dans lequel s’enracinent les valeurs d’une nation, ce qui de toute évidence apparaît premier et fondamental pour donner un contenu substantiel aux mouvements nationalistes, c’est moins la culture elle-même que l’ensemble des valeurs qu’elle porte et promeut. L’enjeu est donc celui de la rencontre harmonieuse des différences identitaires pour arriver à promouvoir au cœur de la diversité, une unité de valeurs fixées comme socle de l’identité nationale et du nationalisme qui s’en suit. Une nation est plus une union harmonieuse des différentes identités culturelles que la sublimation de leur différence et clivage. En ce 21e siècle, les mouvements nationalistes africains ont donc l'exigeant devoir de s’affirmer par la promotion de l’harmonie des cultures dont la diversité, loin d’être une richesse qu’elle représente pourtant, constitue malheureusement encore aujourd’hui, dans certaines régions d’Afrique, aiguillon de conflits et de division. La jonction harmonieuse des identités culturelles passe sans doute par la légitimation d’une démarche rationnelle plus objectivable et universalisable.

 

La légitimité de la démarche rationnelle en vue d’un nationalisme inclusif et pragmatique pour l’Afrique

Greffée sur une approche par la culture, le nationalisme africain apparaît comme une idéologie susceptible de mobiliser les replis identitaires, la violence et les discriminations nationalistes. Si le nationalisme africain, pour des raisons qui tiennent à l’histoire, est à bien des égards spécifique du fait de sa quête d’affirmation en réaction aux blessures de l’histoire, il traduit depuis le début de l’époque des indépendances, c’est-à-dire dans les années 1960–1970, le profond sentiment de repli identitaire et même d’insécurité pour les Africains eux-mêmes. Car il apparaît comme un nationalisme quelque fois grincheux et revanchard, aux tendances violentes et discriminatoires. C’est ce qui justifie la récidive de certaines violences souvent observées dans plusieurs pays d’Afrique au nom de l’appartenance ethnique, tribale, régionale, nationale et même confessionnelle.

Ainsi, par-delà ce sentiment d’insécurité, il est nécessaire aujourd’hui que les Africains refondent les bases épistémologiques des mouvements nationalistes qui foisonnent dans le Continent. Une façon d'être juste envers le nationalisme africain est donc de le traiter de manière contrefactuelle et ne pas le caresser dans le sens du poil. Même s'il provient d'un sentiment alimenté par des accidents historiques, il est intéressant de faire de ce nationalisme et ses objectifs, le résultat d'un choix rationnel. La démarche rationnelle pour définir des objectifs du nationalisme africain exige de ce nationalisme, l’arrimage aux choix et critères rationnels de sens, de cohérence et d’universalité. Avec ces critères, on comprend que tout élan nationaliste revêt des accents humanistes puisque la nation est une communauté d’hommes et de femmes à servir. Il s’en suit que les actions qui se revendiquent du nationalisme doivent nécessairement être humanistes c’est à dire servir l’humanité et promouvoir l’homme et sa dignité. Avant d’être entreprises, les actions nationalistes ont donc l’exigence de se donner un sens par rapport à la promotion humaine, de se faire cohérentes avec le but de servir l’humanité des hommes et femmes, et, fidèle à la logique cartésienne, d’être susceptibles d’un partage universel. Pour devenir une force unificatrice, le nationalisme africain est appelé à éviter l’écueil du repli identitaire et culturel en se laissant guider dans ses combats par les critères de la rationalité ; de sorte que les mouvements nationalistes à entreprendre se fondent dans un sens fondamentalement humain, qu’ils soient cohérents avec la dignité de l’humain et partagés entre tous les humains. Perçu dans une telle orientation, le phénomène du nationalisme apparaîtra comme une réponse appropriée, voire la meilleure réponse disponible que pourraient faire des Africains cherchant à relever ensembles les défis de promotion humaine au sein du continent. Au lieu de se livrer à des batailles racistes et tribalistes relevant d’un nationalisme revanchard et discriminatoire, ils mutualiseront leur force pour relever les nobles défis du développement autour d’un nationalisme inclusif c’est à dire qui n’exclut personne, et pragmatique c’est à dire qui cible les combats humainement et socialement utiles.

Pour systématiser ce nationalisme inclusif et pragmatique, l’approche par la culture qui revêt des risques de défaillances n’est certainement pas la mieux indiquée. Enraciné dans un humus culturel sublimé, le nationalisme africain échoue quant à son propre but et se retrouve prisonnier de l'irrationnel et des actes irrationnels observés actuellement. Ces actes sont aujourd’hui le lieu de questionner les fondements du nationalisme pour essayer de les enraciner dans une approche rationnelle. Car sans parler du moindre critère de rationalité ou d'efficacité, le nationalisme africain, quel que soit son inspiration (culturelle, politique etc.) passerait difficilement le test du service de l’humanité en terre africaine.

 

NOTES

1 Cf. Patricia McFadden, Les limites du nationalisme: citoyenneté et Etat, in «Tumultes» n° 31 (2008/2), pp. 167–183.
2 Cf. Petrus Johannes Idenburg, Le nationalisme africain et le panafricanisme, in Das Archiv für Rechts und Sozialphilosophie, Berlin, 1961, Vol. XLVII, n° 1–2, pp. 105–132.
3 Anthony de Jasay, Nationalisme et rationalité, in «The Independent Review», vol III, n° 1, 1998, pp. 113–143.
4 Cf. Ernest Gellner, Thought and Change, Londre, 1964, pp. 67–99.
5 UCAC: Université Catholique d’Afrique Centrale.

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