Rivista di etica e scienze sociali / Journal of Ethics & Social Sciences

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pdfFrançois Ndzana, prêtre du diocèse d’Ebolowa au sud du Cameroun, est l’auteur de plusieurs livres dont Théologie et développement : pour une dynamique autopropulsive du développement en Afrique. « Afrique, lève-toi et marche »1. Dans ce livre, il s’intéresse à la question du développement des peuples, particulièrement ceux d’Afrique. La question centrale qu’il tente de résoudre est la suivante :

Pourquoi la majorité de pays d’Afrique dotés de grands atouts : population jeune, activité économique foisonnantes et richesses naturelles relativement abondantes, tardent à amorcer le décollage au niveau de la montée humaine chez leurs peuples ?2

Récusant la thèse d’une mentalité de médiocrité ou prélogique3, l’auteur veut prouver que le développement ne s’opère pas par greffe de paradigme. Pour se développer, dit-il, « l’Afrique doit donc penser son propre développement »4. Ainsi, forge-t-il le concept d’autopropulsivité pour rendre compte de la nécessité pour l’Afrique d’être l’acteur de son développement. Il définit ce concept en ces termes : « le concept d’autopropulsivité traduit une vision du développement intégrant les dimensions endogène et autonome, fondées sur la mobilisation des populations directement concernées »5. Pour bien montrer la pertinence de son concept, François Ndzana articule son propos autour de trois (3) grands points. Le premier s’intitule : « Phénoménologie sur la problématique du développement : généralité et éléments notionnels ». Le deuxième est libellé comme suit : « Approche théologique : développement ou jonction croissance et salut ». Le dernier point de son argumentation a pour titre : « Pour une dynamique autopropulsive du développement de l’Afrique : Afrique lève-toi et marche ».

Ce travail veut présenter en quelques lignes un résumé de ce livre de 173 pages dont le thème central est le développement et les thèmes secondaires : autopropulsivité, croissance, économie, humanisme, salut. Pour ce faire, cet exposé suit l’ordre des chapitres tels qu’ils émergent dans le livre.

 

1. Phénoménologie sur la problématique du développement : généralité et éléments notionnels 

Dans cette première section, l’auteur parcourt la notion du développement dans ses considérations générales, sa problématique et sa finalité. Il dégage une différence entre l’approche néolibérale du développement et l’approche de l’économie humaine du développement.

1.1 L’approche néolibérale du développement

S’appuyant sur les travaux de Joseph Stiglitz6 et de Colin Clark7, l’auteur montre que l’approche néolibérale du développement se fonde sur l’idée que « le progrès technique engendrera l’abondance des productions matérielles, et s’en suivra une société égalitaire où chacun agit selon ses capacités et reçoit selon ses besoins »8. Ici, il s’agit d’un développement économique au sens de passage à une société d’abondance au cœur des secteurs d’activités primaire, secondaire et tertiaire. Dans cette approche néolibérale, « le principal indicateur, mécanique et objectif du développement c’est la croissance des constantes numériques et quantifiables »9. Selon François Ndzana,

une telle vision du développement peut se révéler dangereuse non seulement de par son caractère réducteur au seul critère de croissance des indicateurs de qualité, mais aussi au regard de ses conséquences sur les écologies humaines et environnementales10.

Il se fonde sur un article de Louis-Joseph Lebret11 pour montrer qu’il existe une différence entre croissance et développement. Cette différence se fait remarquer selon trois (3) ordres. D’abord, selon l’ordre de la signification ; l’auteur étaie son affirmation en montrant que la croissance désigne un phénomène quantitatif alors que le développement est un processus qualitatif. Ensuite, selon l’ordre des finalités ; il explique que le développement est une fin en soi tandis que la croissance n’est qu’un moyen dont la performance se calcule à sa capacité de contribuer au développement. Enfin, selon l’ordre de la finitude ; il fait remarquer que la croissance est limitée et physiquement bornée par la disponibilité des ressources à la différence du développement qui est potentiellement illimité. En plus de la critique que fait François Ndzana au modèle néolibéral du développement d’avoir identifié le développement à la croissance, il fait remarquer que ce modèle de développement pose le problème des « valeurs ». En effet, il reconnait que les peuples sous-développés ne peuvent pas se passer de la technique et des technologies des sociétés avancées. Mais François Ndzana dénonce la tentative d’uniformisation des valeurs, de la culture et des habitudes avec le risque d’affirmation d’une primauté de la civilisation du plus avoir sur d’autres formes de civilisations. Pour lui,

S’il faut se féliciter de l’évolution technologique opérée par les pays du Nord, il convient de reconnaitre avec Lebret qu’en Occident, les sciences et les techniques ont substitué aux anciennes valeurs des antivaleurs qui brisent non seulement les cadres sociaux, mais l’homme lui-même12.

1.2 Le développement selon l’approche de l’économie humaine

Dans cette approche, François Ndzana épouse les idées de Louis-Joseph Lebret et de Jean Zoa qu’il considère comme les pionniers de l’économie humaine13. Le développement selon l’économie humaine est une alternative à la vision mécanique du développement. Il définit l’économie humaine « à la fois comme une discipline doctrinale théorique et pratique de l’ascension humaine, et comme le régime économico-social à approcher par grands espaces ou pour toute l’humanité »14. Cette définition montre le caractère scientifique de l’économie humaine. En effet, comme toutes les sciences, l’économie humaine a une nature, un objet, une méthode et une finalité. Pour François Ndzana, la nature de l’économie humaine est qu’elle est une discipline doctrinale15. Son objet est constitué à la fois de l’humain et de la réalité sociale16. Quant à la méthode, elle reste fidèle à la trilogie du voir-juger-agir, propre à la théologie morale17. L’économie humaine ainsi qualifiée inspire une approche organique du développement. C’est d’ailleurs ce que retient François Ndzana de la définition du développement proposée par Louis-Joseph Lebret. Selon ce dernier, le développement est :

La série, ou plus exactement les séries ordonnées, des passages, pour une population déterminée et pour toutes les fractions de population qui la composent, d’une phase moins humaine à une phase plus humaine, au rythme le plus rapide possible, au coût le moins élevé possible, compte tenu de la solidarité entre les fractions de la population nationale et de la solidarité entre nations18.

Cette définition organique du développement est holistique et englobe les dimensions de la monté humaine. Elle se démarque d’une perception mécanique, réductrice du développement aux seules valeurs marchandes et quantifiables. En vue de passer de la réflexion à l’action, l’auteur précise les critères et les conditions nécessaires pour promouvoir un développement authentique. Il identifie six (6) critères qui sont : la spatialisation, la finalisation, la cohérence,

l’homogénéité, l’indivisibilité et l’autopropulsivité19. Toutefois, il reconnaît que ces critères seuls ne sauraient enclencher la dynamique du développement. Il faut encore que le comportement des hommes, agents et finalités du développement, soit de nature à promouvoir cette dynamique concrète vers la montée humaine.

 

2. Approche théologique : développement ou jonction croissance et salut

Dans cette deuxième section de son ouvrage, François Ndzana parcourt la problématique du développement à partir des textes du Magistère qui rendent compte de l’approche théologique. Il établit ce parcourt en deux points essentiels dont le premier est « la question du développement traitée dans les textes magistériels » et le second, « les liens entre les notions de croissance et de salut comme fondement de l’approche théologique ».

2.1 Le développement une question sociale dans les textes magistériels

La question du développement occupe une place croissante dans l’enseignement social de l’Eglise. Pour François Ndzana, trois (3) étapes peuvent être identifiées dans l’enrichissement de cet enseignement sur le développement, thème que le Magistère situe dans le champ de la question sociale.

La première étape dans l’enrichissement de l’enseignement de l’Eglise est ce que François Ndzana appelle « le temps des premières affirmations du débat ». Cette étape est marquée par les Magistères des papes Pie XI et Jean XXIII. Déjà en 1931, Pie XI se préoccupe de la question du développement. En effet, lorsqu’il écrit Quadragesimo anno, il existe un contraste entre l’expansion industrielle des années 1931-1935, et la misère grandissante des masses rurales et travailleuses20. De ce contraste surgit la question du développement. Quant à Jean XXIII, c’est dans un contexte d’inégalité frappante et d’interdépendance entre peuples qu’il pose les jalons du débat sur le développement en liant ce dernier aux enjeux de la paix mondiale et en proposant quelques pistes de réponses à cette problématique21. Les points majeurs que souligne Jean XXIII dans Mater et magistra comme réponses à la problématique du développement sont la solidarité et les secours d’urgence d’une part pour le court terme, et d’autre part l’aide et la coopération pour le développement dans une perspective de long terme22.

La deuxième étape dans la doctrine magistérielle sur le développement selon François Ndzana est l’établissement des principes. Cette phase est marquée par Paul VI et le concile Vatican II. Pour François Ndzana, c’est dans la période des années 1960 à 1970 que le développement est traité proprement comme une thématique en Eglise23. En effet, le concile Vatican II joue un rôle décisif dans le renouvellement de la morale sociale de l’Eglise. Il met l’Eglise au cœur des préoccupations des hommes et du monde. C’est donc à juste titre que la question du développement surgit dans les débats24. Après le concile, Paul VI publie Populorum progressio où il fait un apport considérable. De fait, il aborde la question du développement en profondeur. Ainsi, définit-il le développement comme vocation humaine à la croissance et appelle chacun à faire fructifier ses talents pour rendre compte de la dimension concrète du salut25.

La dernière étape, avec les papes Jean Paul II et Benoît XVI, est celle de l’actualisation en contexte de crise mondiale. Ici, l’encyclique Sollicitudo rei socialis de Jean-Paul II marque un tournant décisif sur le thème du développement.

En effet, Jean-Paul II aborde sous un angle nouveau cette question. Il cible deux angles d’approches à savoir la culture et la politique. Pour lui, si le développement est une vocation humaine, celui-ci se réalise pleinement dans une culture dont l’éducation est le vecteur primordial. L’approche politique quant à elle a pour ligne de mire la bonne gouvernance26. De son côté, Benoît XVI insiste dans Caritas in veritate sur la probité morale des acteurs du développement. Le développement est impossible s’il n’y a pas des hommes droits, des acteurs économiques et des hommes politiques fortement interpellés dans leur conscience par le souci du bien commun27.

2.2 Dimension théologique du développement ou jonction croissance et salut

François Ndzana cite Benjamin Sarr pour qui la théologie du développement est un courant de pensée qui naît à partir des années 1980. Pour le dernier cité, la théologie du développement tire ses sources de la parole et des gestes de Jésus qui mettent l’homme au centre du message évangélique28. Ainsi, pour fonder la dimension théologique du développement, le Magistère associe deux concepts de nature profane et religieuse : la croissance employée dans le sens de progrès, et le salut. Le mariage de ces deux notions permet d’établir une continuité entre la croissance comme vocation humaine et l’œuvre de Jésus. Ce mariage épanouit l’homme d’une manière plus complète encore et lui confère une plénitude29. De ce qui précède, François Ndzana arrive à la conclusion que le développement, vue sous l’angle théologique, n’est pas l’affaire d’une personne ou d’un peuple. Il est l’affaire de tout homme puisqu’il fait partie de la vocation humaine.

 

3. Pour une dynamique autopropulsive du développement de l’Afrique : Afrique lève-toi et marche 

François Ndzana assigne à ce dernier point de son livre l’objectif d’identifier les défis de l’Afrique afin de mettre en dialogue les idées inspirées de l’approche organique du développement, notamment le critère d’autopropulsivité, et l’enjeu d’une montée humaine chez les hommes, les femmes et les peuples du continent africain. Pour ce faire, il articule son argumentation autour de deux (2) axes qui constituent le noyau de ce parcours : l’analyse du contexte particulier de l’Afrique et les enjeux d’une approche autopropulsive du développement en terre africaine30.

3.1 L’analyse du contexte particulier de l’Afrique

L’Afrique, comme la majeure partie du monde aujourd’hui, et probablement avec sa spécificité propre, n’est pas épargnée du contexte global de crise financière, sanitaire, économique et environnemental que subit le monde. Mais son contexte est tout particulier soutient François Ndzana. Cette particularité tient du contraste frappant qui se dégage de la situation actuelle. Ce continent est en effet plein d’atouts tels que sa population31, ses réserves minérales32 et ses ressources33. Pourtant, fait remarquer l’auteur, l’Afrique compte une grande majorité d’hommes et de femmes qui vivent dans une précarité quotidienne aux graves conséquences34. Dès lors, l’appel à la prise de responsabilité invite tous les africains à s’impliquer comme acteurs des projets communs, chacun à son niveau, dans une approche par réseaux de proximité, d’amitié et de compétence. Si, pour François Ndzana, il est de la responsabilité de l’Etat de définir les politiques économiques porteuses de la dynamique autopropulsive du développement, il n’en demeure pas moins que les corps intermédiaires et les personnes sont des acteurs qui donnent un contenu à la notion de responsabilité. L’Afrique a besoins d’hommes et de femmes responsables de leur destin, c’est-à-dire des acteurs de volonté et d’action35.

3.2 Les enjeux d’une approche autopropulsive du développement en terre africaine

François Ndzana définit la stratégie chrétienne d’un développement autopropulsif. Celle-ci doit « mettre l’économie et autres activités humaines au service des besoins humains à partir desquels se déploie le développement »36. Pour lui, les enjeux liés au développement à savoir la dignité humaine, la promotion des peuples et la préservation de l’écologie environnementale, imposent une responsabilité personnelle et collective des bénéficiaires. François Ndzana pense qu’une bonne stratégie de développement peut se déployer en quatre (4) dimensions non exhaustives37 : un but à long terme ; une méthode bien définie dans la jonction des approches déductives et inductives ; la formation des acteurs ; un travail en réseau.

A la faveur de l’implémentation de l’approche autopropulsive du développement du continent, l’Afrique doit courageusement accepter d’affronter un ensemble de défis à relever, principaux leviers de son développement38. Il en cite cinq (5) : la définition des justes paradigmes de développement ; l’accroissement de la productivité agricole ; l’éducation et la formation des acteurs ; l’acquisition définitive des biens de liberté : l’eau et l’électricité ; la bonne gouvernance. L’auteur reconnaît que ces défis évoqués sont colossaux et impactent directement sur la vie des hommes et femmes. Mais pour lui,

il appartient aux africains, et à eux seuls, de relever ces défis, et de promouvoir un développement solidaire et autopropulsif et, avec des programmes de redistribution résolument volontaristes, se calant sur les ressources de la solidarité et sur la modernité la plus inventive39.

 

 

Conclusion

Ce travail parvient à son terme. Il a été question de suivre les traces de François Ndzana pour rendre compte de sa pensée sur le développement, spécialement le développement en Afrique. Cet auteur montre une grande maîtrise de cette question, en témoigne la structure de ses argumentations. Le concept d’autopropulsivité qu’il propose comme remède manquant à l’amorce d’un développement authentique en Afrique n’est pas dénoué de sens. Bien plus, il apparaît comme une condition sine qua non de tout développement, voir du développement de l’Afrique. Il en va du développement autopropulsif dont parle notre auteur comme d’une course dans laquelle l’Afrique est à la traîne. Ce développement pourrait-il se démarquer du modèle occidental pour emprunter un autre chemin ? Peut-il y avoir un modèle de développement parallèle à celui de l’occident ? Un modèle qui ne soit pas en concurrence avec ce dernier, où l’Afrique n’a pas de retard à combler, mais juste à s’assumer ?

 

NOTE

1 NDZANA François, Théologie et développement : pour une dynamique autopropulsive du développement en Afrique. « Afrique, lève-toi et marche », Yaoundé, Presses de l’UCAC, 2021.
2 Ibid, p. 13.
3 Ibid, p. 11.
4 Ibid, p. 12.
5 Ibid, p. 161.
6 Stiglitz Joseph, Quand le capitalisme perd la tête, Paris, Fayard, 2003, pp. 26-42.
7 Colin Clark, Les conditions du progrès économique, Paris, PUF, 1960, pp. 241-289.
8 NDZANA François, Théologie et développement, Op. cit., p. 17.
9 Ibid., p. 18.
10 Ibid., p. 18.
11 Lebret Louis-Joseph, « Productivité, niveaux de vie, phase de civilisation », in Tenson du monde moderne, numéro spécial EH, sl, 1952, pp. 42-58.
12 NDZANA François, Théologie et développement, Op. cit., p. 26.
13 Ibid., p. 28.
14 Ibid., p. 29.
15 Ibid., p. 30.
16 Ibid., p. 33.
17 Ibid., p. 44.
18 Ibid., p. 46.
19 Ibid., pp. 49-54.
20 Ibid., p. 79.
21 Ibid., p. 80.
22 Ibid., p. 81.
23 Ibid., p. 82.
24 Ibid., p. 83.
25 Ibid., p. 97.
26 Ibid., p. 101.
27 Ibid., p. 103
28 Ibid., p. 104.
29 Ibid., p. 105.
30 Ibid., p. 110.
31 UNFPA, Rapport de 2015 sur la population. Cité par NDZANA François, Op. cit., p. 110.
32 Prao Séraphin, « Le paradoxe de l’Afrique : Un continent potentiellement riche, mais sous-développé », in l’info Alternative n°7, Janvier, sl., 2010.
33 UNESCO, « Document d’information », Conférence générale, 19e session, Paris, 1997.
34 NDZANA François, Théologie et développement, Op. cit., p. 112.
35 Ibid., p. 138.
36 Ibid., p. 143.
37 Ibid., p. 144.
38 Ibid., p. 152
39 Ibid., p. 158.

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